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"souffrance et joie" au Congo Kinshasa par Rita Calvo Sanz, Supérieure Générale.

…Nous sommes rentrées il y a quelques jours de la République Démocratique du Congo; nous désirons partager cette expérience avec vous tous, ...

Nous sommes rentrées il y a quelques jours de la République Démocratique du Congo; nous désirons partager cette expérience avec vous tous, la partager en petites touches, comme un hommage à Sainte Jeanne, à son esprit missionnaire, à son cœur universel, et surtout à sa confiance en Dieu qui fait grandir la vie bien au-delà de ce que nous imaginons :


... Nous savons que le peuple congolais souffre, que la guerre permanente, trop souvent passée sous silence dans les médias, engendre pauvreté, insécurité, peur et mort. Mais le savoir est très différent de le vivre et de le sentir.

En chaque endroit que nous avons visité, pratiquement tous ceux où la Compagnie est présente, nous avons été accueillies au rythme des tambours, des chants et des danses, avec une joie débordante…Cependant, sous cette explosion de joie se cache une souffrance silencieuse qui parle de résignation et de lassitude.

Nous avons parcouru de nombreux kilomètres par différents moyens de locomotion. Les merveilles offertes par la nature exubérante de ce pays, dans tous ses recoins, nous laissaient sans voix. Néanmoins, cette autre richesse que cache le pays, celle qui ne se voit pas, celle qu’amassent les humbles sans grandes responsabilités ni prétentions, cette richesse que la guerre et la peur sont en train de voler à ce peuple, nous a atteintes au plus profond de nous-mêmes. Certaines images du chemin se sont gravées en nos cœurs: de tout-petits enfants  allant travailler au champ avec des instruments précaires, des femmes allaitant un bébé et portant un fardeau pesant de bois, de charbon ou de fruits chargé sur leurs épaules. Des femmes seules, ou en groupe. D’autres avec un bébé dans le dos et travaillant leur champ à la houe. Des femmes enceintes qui, grâce à leurs efforts et sans se plaindre arrivent à donner à manger à leurs enfants, toujours en grand nombre, et qui s’acharnent pour qu’au moins certains d’entre eux puissent aller à l’école.

La route de Butembo à Mulo, selon ce que nous avaient dit nos Soeurs, ”est bonne”, mais nous avons mis deux heures et demie pour parcourir un peu plus de 50 km ! Elle pourrait être meilleure si le gouvernement, qui l’interdit, laissait les gens l’arranger eux-mêmes et remplir de terre les trous immenses provoqués par les pluies et les véhicules surchargés. Tellement de choses iraient mieux avec un gouvernement au service des gens !

Arriver à Mulo revêt une saveur bien particulière: c’est la première Maison de la Compagnie en Afrique, là où arrivèrent les cinq premières religieuses européennes…

Nous avons eu l’occasion de rencontrer de nombreux groupes, d’entendre leurs paroles d’accueil profondes et sincères. Leur hospitalité chaleureuse est quelque chose qui bouleverse, qui nous fait penser à tous ces aspects si importants que nous avons perdus en chemin dans nos sociétés que nous appelons à tort ‘développées’.

Lorsque nous sommes allées voir les élèves de l’école de Kasando, presque 800, on n’entendait que le sifflement du vent et le chant des oiseaux. Ils nous regardaient, dans l’attente.

 

Nous leur avons dit qu’ils pouvaient nous demander ce qu’ils voulaient. L’un d’entre eux a levé la main. Après nous avoir remercié pour cette possibilité de prendre la parole et nous avoir dit qu’il répondait au nom de Aristote Mumbere, il dit à voix haute et très clairement: “Je n’ai pas de question, j’ai seulement une demande: priez pour nous, pour notre peuple”. Aristote a onze ans. – Nous allons beaucoup prier, tu peux en être sûr –  lui avons-nous répondu.


Nous sommes rentrées en Europe inondées de la chaleur de ces personnes qui ont si peu et qui donnent beaucoup, qui souffrent et ne perdent pas leur dignité, qui palpitent au son de  la vie et de l’espérance reflétées dans leurs rythmes et les couleurs gaies de leurs vêtements. Nous sommes revenues avec l’engagement pris de répondre à la demande d’Aristote: prier pour eux, prier pour leur peuple, prier beaucoup pour tous les peuples et pour nous tous.

Nous sommes revenues avec le désir de transmettre, surtout, leur joie et leur espérance,… 

Mª Rita Calvo Sanz, ODN
et l’Equipe Générale